Changer, c'est cringe.
Chouiner comme une vicos, une technique de négo ?
Cette semaine j’ai donné un cours de gestion des conflits avec des étudiants PARTICULIEREMENT attentifs.
Ce qui était chouette c’est qu’il s’agit d’étudiants de deuxième année, qui ont dont souvent une vision assez fraîche des choses.
Il faut savoir que beaucoup de ma pédagogie repose sur des mises en situation, dans laquelle il s’agit d’amener les étudiants à se confronter “par le jeu” à des problèmes qu’ils sont susceptibles de rencontrer.
Ici, après une introduction aux techniques de négociation (que j’ai évoquées dans ces deux articles), je les mettais dans la situation où ils devaient essayer de faire avancer une personne au comportement typiquement passif-agressif :
-Soupire et lève les yeux au ciel.
-Ricane.
-Fait des remarques pénibles (“De toute façon, ce n’est pas comme si on m’écoutait ici…”)
Arrive le moment du débrief.
A ce moment là, un groupe prend la parole et me dit, en substance :
-C’était très très dur de gérer toute la situation à partir des outils du cours. On voyait bien qu’il y avait quelque chose à faire mais… Dans quel ordre le faire ? Quelle technique utiliser ? Et comment s’y prendre ? Tout va trop vite. Et pendant ce temps là, il était avec ses petites remarques pénibles et on avait envie de le frapper.
Combiné aussi à ce qu’a dit l’étudiant “passif-agressif” :
-J’avais l’impression de garder le contrôle de la situation, mais de façon obscure : plus je les voyais s’énerver et plus ça m’amusait, mais en même temps je ne me sentais pas très très bien de leur faire subir ça.
Je les ai évidemment félicité et remercié de leur intervention tout à fait pertinente, qui m’a en plus inspiré un article de newsletter.
Changer, c’est embarrassant et inconfortable.
Ce cours leur a fait toucher un point très compliqué des comportements humains : tant qu’on ne met pas de conscience sur certains de nos états, qu’ils soient psychologiques ou physiques, on est voué à les répéter sur un mode automatique.
Ca m’a pris un temps fou d’arriver à conscientiser que je réprimais constamment mes émotions.
Ca m’a pris encore plus de temps d’arriver à conscientiser quelles émotions je réprimais.
Et encore plus de temps encore de trouver la bonne façon de les exprimer (la séquence où je suis).
En ce moment, je suis dans une séquence où j’ai l’impression d’être les Nains de Khazad-Dûm (la mine de la Moria dans le Seigneur des Anneaux) : à force de creuser sans arrêt dans les entrailles de ma propre personne, j’ai fini par réveiller le Balrog, un démon d’ombre et de feu.
C’est très perturbant pour moi : alors que j’avais l’impression d’être entrée dans une ère de paix (celle dans laquelle je conscientisais mes émotions), aujourd’hui je me trouve dans une séquence où je me sens perpétuellement insultée et en colère, et où je pars parfois en vrille.
Moi, Cyrielle, la fille qui prétendait être une Jedi adolescente, connue pour ne jamais se mettre en colère, me voilà par moment emplie d’une rage qui ne connaît pas de bornes.
Est-ce que cela signifie que je suis la plus mauvaise personne à laquelle penser pour apprendre à des étudiants à gérer les conflits ? (Oui c’est une question rhétorique).
Le fait est qu’en réalité, ce changement est un changement positif : là où auparavant je vivais mes émotions sur le mode de la répression, le fait maintenant de traverser une phase où je dois trouver comment canaliser leur expression est particulièrement précieuse.
Ce changement de régime est important : mais il intervient pour le meilleur.
Le changement, ça s’installe en loucedé
Hier j’ai dû prendre le train et j’étais accompagnée.
Problème : contrôle à quai, cette personne aurait normalement dû rester là…
Mais moi j’avais envie qu’elle m’accompagne sur le quai parce que pour se dire au revoir, c’est tout de même mieux.
La moi d’avant aurait juste laissé tombé et aurait pris son mal en parti.
La moi qui a appris à négocier a pris son air le plus triste avant de commencer à couiner :
-Mais, mais, mais, je comprends mais, on ne va pas se revoir avant très longtemps et ça me rend très triste…
Si vous lisez mon article sur la négociation vous verrez qu’à aucun moment : “Chouiner comme une vicos” ne fait partie des techniques recommandées.
Mais en revanche il y a un point essentiel qui domine tout le reste, qui est que quelle que soit la situation où on se trouve, il est toujours possible de négocier.
Le contrôleur avait-il réellement envie de voir une gentille et jolie blonde (0% agressive) se mettre à pleurer devant lui ? Probablement pas.
J’ai donc eu accès au quai.
Et si je devais le refaire je le referais je crois…
La morale de cette histoire c’est que même si je n’ai pas été au top de l’utilisation de mes techniques de négo, j’en ai retenu l’essentiel pour passer à travers une situation d’urgence.
Donc OUI, le changement est opérationnel chez moi, la preuve.
Alors au final, la prochaine fois que vous tentez quelque chose de nouveau, il faut accepter que ça va forcément être pas naturel du tout et awkward. Il faut juste s’accrocher, essayer d’avoir confiance dans le processus, et surtout conscientiser vos émotions.
La prochaine fois que ça vous arrive, prenez le temps d’examiner vos émotions : Qu’est-ce que vous ressentez ? De la colère ? De la frustration ? Vous trouvez juste que vous avez l’air bête ?
Essayez ensuite de visualiser à quoi ressemble le futur vous qui maîtrise tout ça parfaitement. Vous verrez que cette personne, elle, ressent de la reconnaissance envers vous de ne pas avoir lâché le morceau !
C’est très très dur à faire comme move évidemment, le Balrog ne disparaît pas du jour au lendemain.
Allez, @+ dans l’bus !
Cyrielle

